Intervenant dans le cadre de cette rencontre, Jean-François Mignot, chargé d’études au département Formation et certification du Céreq, est revenu sur l’évolution des résultats européens.

Consensuelle, la volonté d’accompagner la montée en compétences des salariés européens ne se traduit pas par l’existence d’un modèle européen. Au contraire, le panorama des pratiques de formation en Europe réalisé par le Céreq à partir des enquêtes Continual vocational training survey (CVTS) fait apparaître trois groupes de pays : faible intensité de formation pour les pays de l’ancien bloc de l’Est, notamment en raison de l’importance des petites entreprises dans le tissu économique ; à l’autre bout de la chaîne, Royaume-Uni, Suède et Allemagne forment le trio de tête des pays fortement formateurs, avec 68 % d’entreprises formatrices et, surtout, une réelle variété de modalités d’accès à la formation.
Si, comme partout, les cours et les stages dominent (44 %), c’est aussi dans ce groupe que l’on retrouve des taux significatifs de formation plus directement liés à l’activité professionnelle, caractéristique du « système dual allemand » : 28 % en situation de travail, 17 % dans les cercles d’enseignements et de qualité. Pour Jean-François Mignot, « c’est le groupe que les politiques publiques européennes aimeraient imiter ». À l’inverse, le groupe intermédiaire (France, l’Espagne, Benelux, Italie) apparaît davantage « mono-formateur », en ce qu’il plébiscite encore les pratiques traditionnelles avec 60 % de cours et de stages.
Soulignant que « la France forme très peu en situation de travail », Jean-François Mignot livre une explication qui réside à la fois dans le poids du modèle scolaire, mais aussi pour partie de systèmes reposant jusqu’ici sur l’obligation légale de financement. Très culturellement typé, le modèle français se traduit par une « espérance de formation par cours et stages supérieure de 20 % à la moyenne européenne », résultat corrélé à « un taux d’accès aux autres types de formation fortement inférieur à la moyenne ». Si la France se situe dans la moyenne européenne en ce qui concerne la durée des cours et stages, elle se distingue en revanche en ce qui concerne leurs coûts en pourcentage du coût total de la main d’œuvre.
Classée à la première place sur ce critère, le chercheur ironise : « il serait difficile de reprocher aux entreprises françaises de ne pas investir sur la formation... »
Enfin et de manière générale, le chercheur observe que les chances d’accéder à une formation augmentent proportionnellement à la taille de l’entreprise.
Des écarts qui se resserrent
L’autre enseignement de l’étude révèle une réelle progression de la formation continue avec « les pays les moins formateurs qui rattrapent les plus formateurs ». L’auteur de l’étude y voit notamment l’impact des aides apportées aux pays les moins formateurs par le Fonds social européen et le Fonds européen de développement régional. Mais ce que Jean-François Mignot soulignait déjà dans le Bref du Céreq publié en juillet 2013 reste valable aujourd’hui : « si l’intensité du recours à la formation s’homogénéise au fil du temps, tout en s’accroissant, les pratiques de formation restent marquées par des spécificités nationales relativement stables ». Comme en 2010, « les cours et stages restent le type prédominant de formation dans les entreprises européennes ».